Du 7 au 9 mars, se tiendra à Laval le premier festival de court métrage réalisé entièrement à l’intelligence artificielle. En 24h, est-il vraiment possible de s’improviser réalisateur grâce à l’IA ? Nos journalistes se sont essayé à l’exercice.
Thaïs Moreau et Adèle Loisel
| Boîte noire Notre idée initiale n’avait que pour décor le cinéma. Nous savions le secteur bouleversé par l’intelligence artificielle et nous demandions dans quelle mesure les inquiétudes des travailleurs – en particulier des doubleurs et réalisateurs – étaient fondées. De fait, nous avons souhaité tester les possibilités en matière d’IA pour produire une bande annonce de dessin animé, plus facile à réaliser qu’un film. 1. Trouver une histoire Pour gagner du temps sur la réalisation d’un scénario, nous avons utilisé ChatGPT après avoir défini quelques axes de réflexion. Lesquels étaient : Présentation du cadre initial : Anouchka, une jeune princesse de 21 ans, vit une vie de rêve à la fin du XIXe siècle dans un château avec sa famille près de Moscou. Des hommes fortunés lui font la cour, mais Anouchka ne leur prête pas attention. Sa meilleure amie d’enfance, avec qui elle joue au volley depuis ses dix ans, s’appelle Sasha. Ensemble, elles passent leur journée à se balader dans les rues de Moscou, à cuisiner et à courir dans les champs qui entourent le domicile royal. Retournement de situation : alors qu’elles sont à leur entraînement de volley, la princesse s’isole dans un couloir pour aller chercher de l’eau. Un homme cagoulé enlève la princesse Anouchka. Une fois enlevée, Sasha se retrouve sur les lieux de l’enlèvement. Elle trouve le bracelet d’Anouchka et comprend immédiatement qu’Anouchka a été kidnappée. Consignes données à ChatGPT : j’aimerais créer un trailer de 30 secondes de films entièrement grâce à l’IA. Peux-tu m’aider à améliorer et à adapter ce prompt afin qu’ensuite je le mette sur MidJourney ? Mets-le bien en forme et n’hésite pas à pousser la réflexion, en imaginant nos personnages physiquement. Fais vraiment le prompt comme si j’allais le donner à MidJourney pour qu’il crée les images/scènes il faut penser à tout ! Sa réponse est très très complète. L’IA anticipe les angles morts de notre projet et nos besoins pour la suite. Sa promesse : Chaque scène = 1 prompt MidJourney prêt à l’emploi. Parole tenue, puisqu’il propose dès le premier prompt des consignes à intégrer dans MidJourney. 2. Générer et animer des images dans MidJourney Les premiers résultats sont esthétiquement convenables. Ils répondent à des imaginaires déjà connus, comme l’univers de la princesse Anastasia et les dessins animés couleur pastel du studio Ghibli. Toutefois, nous sommes tombées dans l’écueil que nous avait signalé Jules Kensley, réalisateur pour la société de production Stupefy : maintenir la cohérence dans l’histoire. Et en effet, les visages et expressions changent. La princesse passant d’un blond vénitien à une couleur rousse, les yeux bleus devenant bruns à mesure que les scènes se déroulent. Pour contrer cet aléa, un petit aller-retour sur ChatGPT nous aide à figer les figures de notre histoire, non sans mal puisque les deux protagonistes s’entremêlent et se confondent in fine. Disons qu’heureusement pour nous, la courte durée du trailer aide à cacher les détails incohérents, comme la taille, l’âge ou le style vestimentaire de nos deux héroïnes. 3. Créer des voix En ce qui concerne les voix, à partir du prompt et l’histoire donnée à Chat GPT, nous lui avons demandé de créer une voix off pour le trailer d’une durée de 30 secondes. Cette voix off est en anglais car les prompts sur les autres logiciels d’IA fonctionnent mieux en anglais. De même nous avons utilisé ElevenLabs pour “faire dire” notre voix off. Sur ce logiciel il y a un très large choix de voix en anglais. Ici encore, nous avons demandé à Chat GPT quelle était la meilleure façon de “commander” à Elevenlabs, la voix que nous souhaitions. A savoir j’ai demandé une voix “british cinematic, de storyteller, mystery…” Tous ces éléments clefs m’ont permis de sélectionner la voix qui correspondrait le mieux pour dire notre voix off. Enfin, j’ai détaillé à ChatGPT les 6 scènes/plans présents dans ce trailer. Il a ensuite réparti la voix off en fonction du timing de chaque plan, afin qu’au montage elle se cale parfaitement sur les images.Pour ce qui est de l’ambiance musicale, encore une fois c’est Chat GPT qui nous a écrit un prompt précis correspondant à notre dessin animé, que nous avons ensuite mis dans Suno. On a obtenu très rapidement une musique qui nous convenait.Puis nous avons pris le logiciel de montage Cap Cut pour assembler voix off+musique. 4. Monter sur Canva Après quelques aléas et tentatives sur différents logiciels, notre regard tombe sur Canva pour monter gratuitement notre trailer. Sa version gratuite permet d’ajouter aisément nos minis vidéos – de 10 secondes chacune – générées sur MidJourney. Notons que plus les vidéos sont longues, plus les détails deviennent invraisemblables (cheveux volants, visage de la princesse dans son dos, larmes qui coulent depuis ses mains…). Pour éviter de remarquer ces incohérences, l’astuce réside en la multiplication de plans courts et dynamiques. Sauf que ceux-ci imposent des transitions difficiles à réaliser avec de l’intelligence artificielle, car elles sont plutôt le fruit d’astuces artistiques que seul un réalisateur peut créer. Coincées pour passer d’une ambiance chaleureuse à un retournement de situation sombre, nous avons ajouté un bandeau au milieu du trailer pour marquer la dissonance. Le résultat donne une impression bas de gamme et trahit notre niveau novice. 5. Conclusion Sans doute avec plus de temps, une meilleure capacité de montage, l’habitude du travail de l’image et moins de contraintes financières, le résultat visuel aurait été mieux fignolé. En revanche, ChatGPT a été d’une grande aide dans la réalisation du scénario car il s’est appuyé sur des histoires déjà existantes, mais n’a pas cherché pas à inventer d’histoire, se restreignant seulement à innover. Quant à nous, nous n’avons pas su prompter pour le pousser à créer à partir de rien, par manque, peut-être, de savoir cinématographique. Après nos échanges avec Kensley Jules, nous retenons qu’en dépit de l’enthousiasme qui concerne l’IA, celle-ci ne peut pas tout. Et ouvrir le capot nous a permis de nous en apercevoir ! |

