18 juillet 2024

Intelligence humaine ou artificielle ? Devinez quelle interview a été rédigée par une IA…

(image réalisée par intelligence artificielle)

ChatGPT et Copilot pourraient-ils rédiger les horoscopes, les thèmes astraux et remplacer les astrologues ? La rédaction de Made IA a demandé à Serge Bret-Morel, ancien astrologue, si l’intelligence artificielle va bouleverser la pratique de l’astrologie. Pour pimenter un peu les choses, deux versions de l’interview vous sont proposées. A vous d’identifier celle qui a été écrite par une IA et celle qui a été écrite par un journaliste.

Plus de 15,4 millions de publications sont proposées par Instagram sous le hashtag #astrology. Près de la moitié des moins de 35 ans croit à cette parascience, d’après une enquête de la Fondation Jean Jaurès réalisée en 2021. Déclinée sur les réseaux sociaux, dans des sites web ou dans des applications mobiles, l’astrologie a la cote et génère du clic. Une cible parfaite pour l’intelligence artificielle (IA), déjà utilisée pour générer certains contenus « astros ». Ancien astrologue aujourd’hui critique de cette « pseudo-science », Serge Bret-Morel revient pour Made IA sur l’impact que pourrait avoir l’IA sur l’astrologie.

L’intelligence artificielle va-t-elle révolutionner l’astrologie ?

Serge Bret-Morel :  En réalité elle ne va pas changer grand-chose. Certaines entreprises sont déjà spécialisées dans la réalisation d’horoscopes complètements aléatoires. Plus largement, l’astrologie s’appuie sur de fausses ou de mauvaises affirmations. On a déjà demandé à des astrologues d’interpréter la personnalité d’une personne avec une mauvaise carte astrale [un ensemble de planètes et de signes déterminés par la date, l’heure et le lieu de naissance, Ndlr]. Ça ne les empêche pas d’arriver à des conclusions dont ils ne savent même pas qu’elles sont fausses.

L’IA va simplement faire des synthèses à partir d’informations et de théories astrologiques préexistantes. A l’arrivée on se fiche qu’elles soient vraies, leur vérité importe moins que leur capacité à faire réfléchir les individus.

Certains contenus astrologiques fonctionnent déjà un peu comme ceux créés par IA ?

Dans une certaine mesure. Il y a déjà des sites où des textes préenregistrés sont affichés en fonction des résultats de la carte astrale. Déjà à l’époque du minitel, des messages pouvaient vous être transmis automatiquement à partir de la date de naissance que vous déclariez (rires). Pour citer un exemple plus récent, l’application Co-Star propose des analyses astrales personnalisées et générées automatiquement à partir d’une base de textes présentés comme « écrits par des astrologues et des poètes ». L’IA ne fait que compléter ou remplacer des méthodes déjà existantes.

L’utilisation de l’IA en astrologie ne présente-t-elle pas des risques ?

Il n’y a rien de fiable dans les prescriptions astrologiques en général, ça a été prouvé par de nombreuses études. Le risque principal avec l’IA c’est qu’elle peut confirmer des biais répandus dans la société sans introduire de nouvelles perspectives. Dans le cas de logiciel de conversation personnalisés, elles peuvent aussi confirmer l’utilisateur dans ce qu’il pense déjà. Il n’y a pas d’intelligence derrière l’IA.

Par ailleurs, si on sort des logiciels qui génèrent des messages automatiques à partir d’une base de texte pour basculer sur une IA qui s’appuie sur des milliers et des milliers de textes, on prend le risque qu’ils soient contradictoires entre eux. Après je pense que ça ne perturbera pas forcément l’expérience des utilisateurs. Il suffit de discuter avec l’IA pour voir s’instaurer un effet Barnum qui amène les individus à trouver un sens personnel dans les prédictions produites.

Les IA conversationnelles pourraient-elles remplacer les astrologues ?

Ça ne les mettra pas tous au chômage (rires). J’ai vu des astrologues s’étonner de la pertinence de ce que proposaient les IA et certains sont inquiets de perdre des clients. Une partie des gens qui consultent se contenteront très bien de solutions en ligne, mais d’autres préfèreront toujours le contact direct avec un praticien. Il y a parfois un vrai besoin de conseil et d’empathie.

Mais l’IA ne peut-elle pas être mauvaise conseillère ?

Elle n’a pas de formation psychologique et il ne suffit pas d’avoir de bonnes intentions pour avoir de bons résultats. Ceci dit, beaucoup d’astrologues assument déjà des rôles de pseudo-conseil sans avoir la formation adéquate. Le cas limite, c’est si des gens posaient des questions vraiment graves et importantes à l’IA. Peut-être que le logiciel accepterait de donner des réponses là où les astrologues refuseraient de s’exprimer.

Certaines IA se targuent d’avoir des mots bloqués, mais on peut très bien contourner les limites de logiciels comme ChatGPT qui refusent de répondre de façon frontale à certaines questions. Il suffit de savoir bien poser sa question. Si vous demandez à un astrologue de prédire votre date de mort, il refusera toujours. Que ferait l’IA dans cette situation ?

Propos recueillis par Maxime Dhuin

Dans un monde de plus en plus tourné vers la technologie, l’intelligence artificielle (IA) trouve sa place dans des domaines aussi variés que surprenants. L’astrologie, une pratique ancestrale basée sur l’interprétation des astres, n’échappe pas à cette tendance. Serge Bret-Morel, ancien astrologue et observateur critique de cette discipline, partage ses réflexions sur les possibilités et les limites de l’IA dans la création de contenus astrologiques et son potentiel à remplacer les astrologues traditionnels.

Pensez-vous que le fait que les contenus puissent être générés par intelligence artificielle changera fondamentalement quelque chose à la pratique de l’astrologie ?

Serge Bret-Morel : Cela ne va pas changer grand-chose. Les horoscopes sont déjà parfois réalisés au hasard ou avec de fausses informations, et ils semblent satisfaire tout le monde. L’IA peut certes produire des synthèses, mais leur vérité importe moins que leur capacité à susciter des réflexions chez les individus. En plus, l’IA ne fait que remplacer des méthodes déjà existantes qui s’apparentaient à des formes primitives d’automatisation. Dans le cas de l’application mobile Co-Star, qui propose des analyses astrologiques rédigées par IA, elle s’appuie sur une base de données constituée de textes « écrits par des astrologues et des poètes ».

N’y a-t-il pas des risques à utiliser l’IA pour l’astrologie ?

Les prescriptions astrologiques, générées par des humains ou par IA, manquent de fondements scientifiques fiables, ce qui pose un risque fondamental. L’IA spécifiquement renforce les biais sociétaux en confirmant souvent les tendances et préjugés déjà présents dans la société, sans introduire de nouvelles perspectives. Auparavant, les applications et sites d’astrologie automatisés utilisaient un panel de textes pré-écrits. Si on sort des logiciels consacrés à l’astrologie pour utiliser une base de millions et de millions de textes qui peuvent être contradictoires entre eux, cela peut difficilement aboutir à quelque chose de cohérent. Cependant, l’effet Barnum peut amener les individus à s’identifier ou trouver un sens personnel dans ces prédictions produites par l’IA.

Est-il possible que l’intelligence artificielle assume le rôle de conseiller de la même manière qu’un astrologue le ferait ?

En tant que conseiller, l’IA ne possède pas une formation en psychologie, et les conseils peuvent donc manquer de profondeur et de pertinence. Beaucoup de praticiens agissent déjà sans une formation adéquate, ce qui risque de se perpétuer avec l’IA. Il est possible que l’IA réponde à des questions graves et importantes que les astrologues traditionnels refuseraient d’aborder. Si on demande à prédire la date de mort de quelqu’un, l’astrologue refuse, mais que fera l’intelligence artificielle face à une telle demande ?

Est-ce envisageable qu’un logiciel de discussion basé sur l’IA puisse assumer le rôle traditionnellement dévolu aux astrologues ?

Cela ne remplacera pas tous les astrologues, car il y a un besoin de conseil et d’empathie. Certains sont inquiets de perdre des clients, mais une partie des gens vont se contenter de solutions en ligne tandis que d’autres préféreront toujours le contact direct avec un praticien.

Propos recueillis par Maxime Dhuin

By dhuin

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